CHAPITRE 2: Un printemps à Ganymède (Part I)
Les jours suivants, Kaydara et moi avions conclus que pour éclaircir les mystères de père, nous devions retracer son parcours, effectuer son périple d'il y a dix ans afin d'apprendre mais surtout de comprendre qui il était vraiment. Notre quête débuterait a Ganymède ou réside l'une de ses plus proches amies. Je ne connaissais pas cette femme mais j'en avais eu vaguement écho de père qui lui envoyait des lettres et de Kaydara qui ne l'avait vu que deux ou trois fois.
Quant au message que père avait laissé, je ne m'étais pas vraiment penché dessus, une certaine répulsion m'empêchait de le lire, de l'étudier avec minutie. De plus je le connaissais par c½ur pour n'avoir cessé de faire le même rêve ces cinq dernier jours, ce message n'avait rien fait surgir de ma mémoire refoulée.
Nous étions prêts à nous mettre en route confiant la demeure aux soins de notre ancienne gouvernante qui était pour nous une personne de confiance. Kaydara m'attendait dans le hall d'entrée, ne cessant de relire le feuillet sur lequel il avait inscrit l'énigme de père. Lorsque j'arrivai près de lui il le replia et le rangea dans un poche sur sa poitrine. Il dit en me tapotant l'épaule :
_ « Alors tu es prêt ? »
_ « Ai-je vraiment le choix ? » Lui répondis-je.
_ « Ah! Décidément tu ne perdras jamais ta mauvaise habitude de répondre par des questions ! »Soupira t-il en poussant la porte de la demeure.
En sortant, le bleu du ciel pur et ruisselant de lumière m'éblouis. L'air était doux et les pommiers bordant l'allée principale en fleurs, d'exquis effluves en exaltaient. Une voiture nous attendait hors de la propriété .Nous devions traverser l'allée pour la rejoindre. À mi-chemin un pétale porté par le vent m'effleura la joue, je portais les doigts à celle-ci encore ému. Je fus submergé par une certaine mélancolie, quitter la demeure m'étais pénible. J'avais l'impression de perdre une partie de moi-même.je me ressaisis après tout, en exécutant le trajet que père avait fait dix ans auparavant, je serais que je le veuille ou non ramené a mes origines, à mon passé. À cette chose que ma mémoire a tant voulu effacer. Dix ans que je ne sais rien, dix ans que père m'avait amené a la demeure, dix ans que Kaydara était censé être mon frère, et dix ans que ce mal intérieur me rongeais. J'arrêtais de penser, j'avais envie de pleurer, mais pleurer quoi ? Moi-même je l'ignorais...Kaydara m'avait devancé, il se retourna, me fixa et dis :
_ « Encore en train de rêvasser ! Nous devrions nous dépêcher, je ne veux pas manquer le train. »
Je crois que j'ai du le dévisager de cette façon qu'il détestait tant, puisqu'il maugréa quelques mots que je ne compris pas, et me tira par le bras. Tout en marchant je me retournais encore une fois vers la demeure qui devenait de plus en plus petite. Un froid soudain me crispant les doigts je priai Kaydara de lâcher mon bras. Il ne rechigna pas. En enfilant mes gants un détail me troubla. Je m'immobilisai en m'écriant :
_ « Mon anneau! J'ai oublié mon anneau ! »
J'allais rebrousser chemin lorsque Kaydara s'exclama :
_ « Hé bien, c'était long à venir, je croyais que tu n'allais plus le réclamer ! »
De l'une de ses poches, il sortit un mouchoir dans lequel se trouvait celui-ci. Il poursuivit en me le tendant :
_ « Ce matin, tu l'as enlevé et oublié sur la cheminée. Je sais que tu ne peux pas vivre sans alors je l'ai gardé pour toi. » Dit-il souriant.
_ « Merci. » Murmurais-je soulagé et reconnaissant.
Je le remettais à mon annulaire en le contemplant. Me revint alors en mémoire l'instant où père l'a confié. Je devais avoir environ douze ans. Il m'avait ébouriffé les cheveux comme à son habitude, et l'avait glissé à mon doigts en expliquant :
_« Garde-le précieusement je crois que c'est la dernière chose qui te reste de ton ancienne famille. Un jour viendra où cet anneau pourrait t'être utile... »
Plus tard j'avais tenté à plusieurs reprises de le questionner sur mon passé, mais à chaque fois je me heurtais à un mur de glace. Si bien que je finis par me taire, je finis par ne plus rien demander et me laissais consumer lentement. L'anneau portait une gravure en latin De profundis clamavi qui signifiait "Du fond de l'abîme j'ai crié". Un arcane de plus qui alourdissait mon fardeau...
Nous atteignîmes enfin la voiture qui nous conduisit jusqu'à la gare où nous faillîmes rater de peu notre train.je regardais le paysage défiler d'un ½il distrait alors que Kaydara s'était assoupi, les yeux clos, les lèvres entrouvertes. Nous devions être à Ganymède le lendemain matin.
Nous arrivâmes très tôt, il faisait encore nuit. Nous déposâmes nos bagages a l'hôtel avant de déjeuner à la terrasse d'un café de quelques délicieux croissants chauds. Pendant que Kaydara terminait son chocolat, j'admirais les alentours. Ganymède passait pour être l'une des plus belles villes au printemps, mais même en hiver elle devait conserver tout son charme avec ses longues avenues, ses arbres majestueux en plein c½ur de la ville, son fleuve vibrant, ses ponts d'un autres temps et ses réverbères interminables. Cette ville me fascinait totalement, toute son architecture, ses moindres recoins me plaisait. L'air se réchauffait et je ne regrettais plus d'avoir quitté ma chère demeure. Kaydara et moi nous promenâmes un peu avant de nous rendre à l'adresse inscrite à l'emplacement de l'expéditeur sur la correspondance de père :
Melle Ricellay Astarté, 133 Demeter Avenue
Kaydara marchait avec nonchalance, les mains fourrés dans ses poches. L'atmosphère de la ville entière était à son image, nonchalante et agréable. L'adresse nous mena à un petit hôtel particulier qui devait dater du siècle dernier mais néanmoins d'une esthétique imposante. En levant les yeux je remarquai de somptueuses roses rouges au balcon. Kaydara cogna à la porte qui ne tarda pas a s'ouvrir. Une jeune femme en uniforme apparut sur le seuil en disant :
_ « Je peux vous aider ? »
_ « Bonjour, Melle Ricellay est-elle là, s'il vous plait ? »Sollicita Kaydara.
_ « Quoique vous vendiez Mademoiselle n'est pas intéressée. »S'empressa-t-elle de dire avec un air hautain. Elle allait refermer la porte lorsque Kaydara retint celle-ci en disant :
_ « Dites à mademoiselle Ricellay que Kaydara et Ezéchiel de Saint Armand désirent lui parler.» Il relâcha la porte qui claqua.
Il se retourna vers moi, exaspéré.
_ « Calme-toi, je crois qu'elle l'a prévenue. »Murmurais-je.
En effet, je pouvais entendre bien qu'on se trouvait à l'extérieur les talons aiguilles de Mademoiselle Ricellay marteler le parquet tant elle marchait d'un pas précipité. La porte s'ouvrit sur une femme d'à peine une quarantaine d'année. De la surprise mêlée à la joie se peint sur son visage harmonieux. Elle porta la main à sa bouche, puis inspira et enfin serra Kaydara dans ses bras en disant :
_ « Oh mon dieu comme tu as grandis! La dernière fois que je t'ai vu tu devais avoir cinq ou six ans !»
Melle Ricellay était élégamment vêtue, et détenait je devais l'avouer beaucoup de charme. Quand elle eut fini d'admirer Kaydara elle se tourna enfin vers moi en s'exclamant :
_ « Voici donc Ezéchiel ! Adam m'a fait parvenir une photo de vous deux alors que vous étiez petits, je t'ai pris pour une fille tu sais?! Mais tu es devenu un charmant jeune homme ! ». Elle s'agrippa à mon bras et ajouta :
_ « Entrons nous allons attraper froid, le printemps se fait encore un peu timide. »
* Ghost in the shell~stand alone complex ost--ICI